Texte inédit de Gilles Dubois

5 septembre 2013

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Ce qui m’a incité à l’écriture de ce roman-autobiographique (L’enfant qui ne pleurait jamais), puis tout au long du texte est une recherche d’un passé, souvent douloureux à l’évocation de certains souvenirs pénibles, comme la photo d’un enfant de 5 ans en compagnie de son chien, Dick. À cette époque, j’ai commencé à éprouver l’incohérence de ma condition, à me sentir mal dans ma peau, lorsque mes parents ont fait tuer ce chien, qui était mon seul ami. J’errais dans ma tête à la recherche du but de la vie, de la tendresse, du pourquoi des choses. En effet, à 5 ans, je songeais déjà à la mort inéluctable, aux difficultés que j’aurais probablement à trouver un travail, afin de nourrir ma famille quand je serais grand.

« Crois-tu que je trouverais un emploi plus tard » était la question que je posais souvent à mon père. Je songeais à l’infini de l’espace, ce qui me terrifiait. J’imaginais une fusée plus rapide que la lumière qui ne rencontrerait jamais le bout de la galaxie. Je cherchais à comprendre pourquoi les Chinois qui par rapport à nous ont la tête en bas, ne tombent pas dans le ciel. Je passais des nuits sans dormir à tenter de comprendre l’existence, mais surtout ces tourments que me faisaient subir ma famille quotidiennement.

Comment allais-je m’en sortir ?

J’entendais si souvent mes parents se plaindre de leurs difficultés pour joindre les deux bouts, de prix, de taxes, d’impôts…

Du genre…

-Gilles, finis ta viande, au prix où elle coûte. Que  diraient les gens s’ils savaient que tu ne manges pas de viande chaque jour. Qu’on n’a pas les moyens…

Bah!

Dire cela à un enfant qui détestait la viande, ne pouvant l’avaler, sans mâcher, qu’avec une gorgée d’eau! C’est sûrement pourquoi je ne laisse jamais une miette dans mon assiette. Jeter la nourriture me rend honteux.

J’ai conservé cette photo d’enfant. Je la regarde souvent, encore aujourd’hui. J’ai décidé qu’au nom de cet infortuné petit garçon qui retenait ses larmes sous  les coups, je devais me vider le coeur de sa souffrance solitaire, celle qui avait fait plus tard de lui un adulte trop sensible, anxieux, souffrant d’un fort sentiment d’infériorité. Une photo prise chez la vieille tante Maria, que je n’aimais pas, durant mes vacances solitaires dans sa vieille maison, sans amis de mon âge pour jouer. Ce portrait d’enfant représente ma vie. En fait, c’est la seule photo que j’ai conservée de ma petite enfance.

 Un texte de Gilles Dubois